Libre-Penseur de Vallouise
(HAUTES-ALPES)
Maurice Lamoure nous a quittés après s’être battu contre
la maladie. Quel personnage ! C’était un puits de culture, une culture vaste, éclectique, encyclopédique.
Après des études secondaires à Châlons-sur-Saône conclues par un bac en 1937,
Maurice intègre ce qu’on appelait alors Taupe et Hypotaupe. Il est admissible à L’école Normale Supérieure en 1939. Scientifique de formation, il se passionne dès son plus jeune âge pour la
politique et la philosophie. Pendant la guerre, Maurice poursuit ses études à Grenoble puis à Lyon. Il éprouve cependant le besoin de prendre le large quelques mois avant la fin du
conflit.
Au sortir de la guerre, en 1945 il est admissible à l’agrégation, session
d’agrégation d’ailleurs organisée pour les étudiants auteurs d’actes de résistance. Maurice intègre l’Education Nationale comme titulaire au lycée Ampère à Lyon. Il exerce ensuite à Menton de
1951 à 1959. A cette époque Maurice et Yvette découvrent la Vallouise, ils y loueront un logement pendant des années avant d’y acheter un petit chalet. Maurice et Yvette nouent alors des
relations très amicales avec Maman Camille, Marguerite et Marie-Thé. Toute sa vie Maurice restera attaché à la Vallouise où il a vécu des moments si intenses.
De 1959 à 1980 Maurice et Yvette partent outremer avec des destinations de
rêve : des pays qui font rêver et qui le font rêver : Madagascar, Dakar, Madagascar encore, le Togo, la Guadeloupe et enfin Madagascar de nouveau où il prend sa retraite à Diego Suarez
en 1980.
J’ai connu Maurice à Tahiti. Il était retourné au soleil. Il avait à Tahiti une
maison non loin du lagon. Maurice nageait tous les matins, cultivait un bout de jardin, préparait de fameuses glaces au corossol et écrivait beaucoup.
Maurice parlait volontiers de son métier, il avait un immense respect pour ses
élèves et souvent même une grande admiration notamment pour ces élèves togolais qui révisaient leurs leçons à la lumière des lampadaires de Lomé.
Profondément, viscéralement laïque Maurice était l’héritier de ces combats
politiques du XIXe siècle, combats qui ont abouti à la création de l’école publique en 1885. Sa mère institutrice avait en effet vécu cette époque comme une lutte que Maurice allait
faire sienne.
Athée, libre-penseur, toute sa vie Maurice a souhaité penser les choses, les
écrire, les mettre au net, au clair pour lui et les autres.
Surtout penser, surtout penser par soi-même, analyser, comprendre, ne pas se
laisser manipuler par quelqu’un, qui que ce soit. Cette attitude exigeante nécessitait un énorme travail de lecture, de documentation, de réflexion, d’écriture. Jusqu’à ces derniers jours Maurice
s’est astreint à un travail de bureau, c’était sa vie. Il abreuvait ses amis de longues lettres dans lesquelles il abordait les sujets les plus divers. Il n’avait pas attendu Henri Gaino pour
découvrir l’ouvrage d’Hervé Morin sur la « politique de civilisation ».
Il me parlait du Coran comme de la Bible avec cette touche d’anticléricalisme qui fleure bon l’encre et la
craie. Il m’avait fait découvrir, la libre-pensée, les mémoires du curé Meslier, et je ne résiste pas au plaisir de vous lire le titre de l’ouvrage qui est bien dans le style
qu’affectionnait Maurice :
« Sur une partie des Erreurs et des Abus de la Conduite et du Gouvernement
des Hommes où l'on voit des Démonstrations claires et évidentes de la Vanité et de la Fausseté de toutes les Divinités et de toutes les Religions du Monde »
Très naturellement le Parti Communiste allait devenir sa famille politique.
Maurice était de gauche et loin d’être naïf. Il rappelait volontiers l’affaire de la rue de l’Observatoire, l’affaire Fernand Iveton, l’affaire de la Francisque. Maurice vendait l’Humanité.
« Maurice - vendait - l’Humanité ! » Je devrais plutôt dire Maurice offrait l’humanité et là je ne parle pas du journal. Il avait en effet fait de l’humanité une règle de
vie.
Ainsi son premier mariage en 1945. Au delà de la rencontre intime, émotionnelle,
de deux personnes, ce mariage fut aussi un acte d’humanité dans le contexte de la barbarie nazie.
J’ai aussi entendu souvent parler de ces petits Vietnamiens arrivés en France en
plein cœur de ce qu’on appelait alors la guerre d’Indochine. Il a pris avec lui Vinh, Yo et Tuyet ces trois enfants sont alors devenus, un peu ses enfants. Accueillis simplement.
Maurice adorait les enfants. Les enfants ont été au cœur de sa vie. Peut-être
maladroit, exigeant mais si généreux. Maurice était prêt à tout donner. L’altruisme comme seconde nature. L’autre comme priorité. L’enfant comme une évidence.
Je voudrais témoigner de la fidélité en amitié dont cet homme a su faire preuve.
Remercier notamment M. Peret qui était son ami depuis bientôt 80 ans.
Je voudrais dire à Yvette, à ses enfants Hélène, Agnès, et Patrick auquel nous
pensons tous, à tous ses petits enfants, à ses neveux et nièces mais aussi à Vinh, Yo et à Tuyet aujourd’hui disparus et plus généralement à tous ses amis qu’ils ont connu un homme
extraordinaire.
Merci à tous
P. B. (mars 2008)
PS. Car il y a un PS comme sourire malicieux. Je ne peux en effet pas
terminer sans vous dire ces quelques vers qu’il avait osé écrire sur une copie de maths à un prof certainement aussi ouvert que lui. Il avait des yeux brillants de plaisir quand il nous les
disait.
« Pauvre copie de math,
Fruit de luttes obscures,
D’un élève abruti par un problème ingrat.
Ne me fais pas rougir par d’injustes ratures,
Le rouge fait horreur à mon goût délicat »
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